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Promenade sérieuse dans la vallée de la Menuse

16-08-2021 Vie associative
nature

 

 

Sur les bords de la Menuse, Paul et Antonin, deux jeunes passionnés de nature et fins connaisseurs de cette vallée, ont présenté à un groupe d’autres participants de BIEN A LIGUGE, la flore et l’évolution de la forêt, le samedi 5 juin.

 

 

 

 

UNE VALLEE NORD-OUEST. Dans cette vallée Nord-Ouest, dans l’ombre et la fraîcheur, nous avançons sur un grand chemin. Sur le côté nous observons de nombreux chemins dévalant la pente, séparés de quelques dizaines de mètres les uns des autres arrivant perpendiculairement au nôtre. Tous ces chemins n’existaient pas il y a quelques années, ici. Ils ont été d’abord été créés par les moto-cross puis utilisés par les VTT et développés par les promeneurs. Sur ces nouveaux chemins, les roues de moto et de vélo creusent des sillons dans le sol, dans lesquels s’engouffre l’eau de pluie lors des grandes précipitations. Par conséquent, le sol forestier ne jouant plus son rôle d’éponge (quand un espace de forêt absorbe 150 mm d’eau, un chemin n’en absorbe que 1 mm, nous dit Antonin), l’eau de pluie ruisselle sur les pentes, entraînant avec elle l’humus, ne laissant que de l’argile et de la pierre nue, et rejoint rapidement la Menuse, augmentant donc le risque de crue. Mais ce n’est pas la seule conséquence de l’apparition de ces chemins, en érodant le sol, ils détruisent l’habitat de nombreuses espèces végétales de sous-bois, notamment la jacinthe des bois, qui a besoin de sol très ancien pour pousser. Il faudra donc attendre jusqu’à un siècle pour revoir pousser des jacinthes des bois là où le sol forestier a été détruit par les pneus. Le tassement de la terre au niveau de ces chemins entraîne également le dépérissement des jeunes arbres, dû au fait que l’eau ne peut plus pénétrer dans l’argile piétinée, et rendant le sous-sol de moins en moins aéré.

 

DES PLANTES ETONNANTES. Nous continuons à nous enfoncer dans la vallée. C’est ainsi que nous avons pu observer de nombreuses plantes : le géranium « herbe-à-Robert », plante à tige rouge qu’on pensait au Moyen-Age à raison cicatrisante, la pulmonaire, qu’on pensait à tort à d’autres époques soigner les poumons. Nous avons même vu des lianes de houblon. Mais saviez-vous que les pousses de ronces pouvaient donner une boisson comparable au thé vert et que le lierre terrestre pouvait aider en tisane contre les bronchites ? Après diverses graminées, la benoite, la raiponce en épi, les aspergettes, diverses apiacées, nous avons découvert la « stellaire holostée » avec ses petites fleurs blanches. Et notre accompagnateur de nous expliquer l’étymologie grecque de « holostée », « tout en os » ; car il nous indique des moyens mnémotechniques pour retenir les noms des végétaux. Comme l’arbre appelé alizier, qui a la même racine celte qu’Alésia ! 

Et que dire de la lathrée clandestine et de sa couleur violette, qui se nourrit des nutriments des racines d’arbres, n’ayant pas la possibilité d’effectuer de photosynthèse. La nature se montre dans ses  interdépendances.  La fougère scolopendre, qui commence à disparaître, s’étend entre les pierres, en dessous du pont de chemin de fer. Que d’émerveillement face à cette nature qui présente tant de diversité, et nous pensons au fait que cette biodiversité est menacée, à notre époque.

 

DES ARBRES A RECONNAITRE. Du bas de la vallée, en remontant vers plus de soleil et de lumière, de multiples essences d’arbres ont pu être observées et décrites, des chênes sessiles aux chênes pédonculés, des érables champêtres, le sureau noir, l’aulne glutineux, le frêne, l’orme champêtre (qui commence à repousser après avoir été ravagé), le saule, le charme, le hêtre…  Que de feuilles que nous essayons d’apprendre à distinguer, celle de l’aubépine (qui peut vivre 700 à 800 ans), celle du sorbier des oiseaux ou du cormier. Saviez-vous que les feuilles de tilleul contiennent 25% de leur poids sec en protéines ? Bon, mieux vaut manger des feuilles de printemps, plus tendres, apparemment !

Bien sûr, les animaux nous accompagnent tout au long de la sortie : buse, d’abord entendue puis vue, des pic-noir et pic-vert. Au bord de l’eau,  des pinces d’écrevisse de Californie intriguent les enfants. Nous voyons des traces de loutre, mais aussi  une grenouille agile, qui vit en sous-bois. Et nos accompagnateurs de citer d’autres noms d’oiseaux, au sens scientifique, bien sûr.

 

COMPRENDRE LA FORET. Au-delà de la promenade, plusieurs réflexions émergent de ce bain de nature. Notamment lorsque nous nous arrêtons au niveau d’une coupe blanche, qui laisse passer une ligne à haute-tension. Savez-vous combien de temps il faut pour que repousse une forêt primaire ? La végétation va commencer à se développer sous forme de ronces, qui éloignent les grands herbivores des pousses, puis petit-à-petit elle va devenir forêt. Elle sera une vraie forêt résistante et résiliente…  1000 ans plus tard, soit 50 générations ! Il reste en ce moment en Europe une dernière forêt primaire, entre la Pologne et la Biélorussie, et elle va être rasée. Des projets de recréation de forêts primaires en Europe voient le jour… mais les créateurs ne verront pas l’aboutissement du projet, encore plus long qu’une cathédrale du Moyen-Age.

Certes nous faisons pousser des arbres, en France, et les forêts augmenteraient. Enfin, à une limite près : nous confondons forêt et champ d’arbres, nous expliquent nos jeunes biologistes. C’est ce qui constitue plus de 50% de ce qui est décompté comme forêt. De plus, on coupe les chênes très  jeunes, vers 100 ans, malgré leur espérance de vie de 1000 ans, nous indique Paul. Un champ de production de bois en monoculture n’est pas une forêt, qui plus est lorsque l’ONF préfère souvent planter des conifères très appréciés pour leur rapidité de pousse (normal, ils ne perdent pas leurs feuilles !).

Une forêt a besoin d’essences multiples, sinon à la moindre maladie ou au moindre ravageur, elle disparaît – ou littéralement, meurt. Dans les forêts de feuillus – celles qui perdent du terrain au profit des conifères – les arbres perdent leurs feuilles, ce qui constitue de l’humus, permet le développement de champignons, et un stockage de carbone, si nécessaire dans la décarbonation de l’atmosphère. Et cela constitue un écosystème important. En plus, cet humus est toujours très étudié dans le cadre de la recherche de nouvelles molécules pour la médecine.

 

 

Un écosystème, nous expliquent nos deux jeunes accompagnateurs, c’est quand dans un système tout éléments est utile à l’ensemble, quand les feuilles, les branches, les racines, les bactéries, les champignons, les plantes, tout fait système, et devient résilient. D’où l’importance de la biodiversité. Grâce à elle, un système n’a pas besoin d’engrais autres que ce qui est déjà présents. Nous apprenons aussi que le lierre n’est pas mauvais pour les arbres (tant qu’ils ne sont pas morts) : il croît de manière à ne pas étrangler son arbre tuteur. Le lierre ayant sa floraison à l’automne, il aide les abeilles à terminer leurs provisions, et produit ses fruits en hiver, ce qui permet aux oiseaux de se nourrir quand la nourriture est rare. Mais pour être résiliente face au réchauffement climatique, il faut une forêt qui soit forte, qui ait vécu longtemps, qui soit capable d’affronter ces conditions difficiles, sinon elle ne tiendra pas. La forêt primaire est la forêt la plus résiliente. Mais nous souffrons d’ « amnésie écologique », apparemment.

 

UNE RANDONNEE AGREABLE ET PASSIONNANTE, donc, que nous serons amenés à refaire, car, aux dire de Paul, c’est en Mars que les fleurs de cette vallée sont les plus belles. Et que dire des couleurs de printemps ! Et que de choses apprises ! Se promener et connaître. Et connaître, c’est déjà agir un peu, pour BIEN A LIGUGE. Car par le savoir, nous comprenons mieux comment agir.

 

R. Gaboriau, P. Bastière, A. Bastière – le 9/6/2021

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